Maîtriser le langage est indispensable au développement de l’enfant, tant au niveau de sa personnalité que sa scolarité ou son intégration sociale et professionnelle.

En moyenne, un enfant par classe est atteint d’un trouble de l’évolution du langage , et un quart de ces enfants d’un trouble sévère du langage . Les difficultés de langage chez l’enfant sont encore trop souvent détectées de façon fortuite et tardive.

Le dépistage, le diagnostic et la prise en charge orthophonique la plus précoce possible permettent d’optimiser la rééducation orthophonique et ses progrès. L’orthophoniste est donc amené à prévenir , évaluer et prendre en charge aussi tôt que possible les troubles du langage oral et écrit.

On peut mettre en avant lors du bilan orthophonique des difficultés au niveau du langage oral: retard de parole, de langage, trouble d’articulation, dysphasie ou bégaiement, et au niveau du langage écrit: dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dysgraphie, retard dans le développement du langage oral/écrit…

Les troubles “dys” étant fréquemment associés les uns aux autres (dyslexie et dysorthographie).

Suivant son bilan, l’orthophoniste est ainsi en mesure de faire des recommandations afin de mieux soutenir l’enfant dans sa scolarité: adaptations à mettre en place en classe et/ou à la maison , orientations vers d’autres professionnels et travail en partenariat avec l’école.

Certains signes peuvent alerter les parents et les amener à consulter pour leur enfant:

  • Vers 3 ans s’il ne parle quasiment pas ou utilise un langage très bébé, seulement compréhensible par ses proches.
  • Vers 4 ans, s’il déforme les mots, ses phrases sont mal construites ou s’il ne semble pas comprendre ce qu’on lui dit.
  • Vers 5-6 ans, si son vocabulaire est très pauvre, s’il ne prononce pas correctement les mots.
  • Et d’une manière générale, s’il bégaie (même épisodiquement), s’il a du mal à retenir les mots et qu’il a une prononciation difficile.

Une prise en charge précoce et personnalisée permettra à l’ enfant d’améliorer sa communication, orale et par la suite écrite. Elle facilitera son apprentissage scolaire, notamment avant son entrée à l’école primaire.

En moyenne à 6 ans l’enfant est prêt pour apprendre à lire et à écrire. Un à deux ans d’apprentissage sont nécessaires pour qu’il devienne un “lecteur autonome”.

Le langage peut constituer le domaine de déficit de certaines pathologies: des troubles spécifiques d’origine développementale : dyslexie, dysorthographie , dyscalculie, dysphasie. Ou encore des troubles non spécifiques: dysfonctionnement ou retards d’acquisition de la lecture liés à d’ autres pathologies, tels que la déficience intellectuelle globale, des syndromes génétiques, ou encore des carences socio- éducatives.

La Fédération Nationale de Orthophonistes (FNO) met à disposition cette petite vidéo et plaquette à l’usage des parents :

“Dyslexie, troubles du langage :VOTRE ENFANT AURAIT-IL BESOIN D’UN BILAN ORTHOPHONIQUE?”à découvrir dans les deux liens suivants:

https://www.fno-prevention-orthophonie.fr

https://www.fno-prevention-orthophonie.fr/wp-content/uploads/2019/01/Plaquette_parents_WEB.pdf

 

Et le bilinguisme?

Cet article extrait du site internet “naîtreetgrandir.com” en mai 2014 et de la Révision scientifique écrit par Kathy Malas, M.P.O., et France Lalonde, M.O.A., orthophonistes, CHU Sainte-Justine, fait un point intéressant sur ce sujet et certaines recommandations:

“Développement du langage chez les enfants exposés à 2 langues:

La période préscolaire est propice à l’apprentissage des langues en raison de la capacité d’adaptation du cerveau des tout-petits.

De plus, en bas âge, les enfants distinguent et reproduisent les sons plus facilement. Cela leur permet de parler une langue sans accent.

Certains parents craignent toutefois que l’apprentissage de plus d’une langue cause un trouble de langage chez leur enfant. Il n’en est rien.

Des études récentes démontrent qu’apprendre 2 langues ou plus ne provoque pas de trouble de langage et n’aggrave pas non plus les difficultés de langage chez les enfants qui en présentent.

Ainsi, un enfant exposé fréquemment à 2 langues depuis sa naissance devrait dire ses premiers mots vers 1 an et faire des combinaisons de mots (ex. : « ballon tombé ») entre 18 et 24 mois. De même, un enfant de 5 ans exposé couramment à 2 langues aura un développement du langage semblable aux enfants qui parlent une seule langue.

Il est cependant tout à fait habituel qu’un enfant qui parle 2 langues n’ait pas les mêmes forces dans chacune d’elle.

Par exemple, il peut produire des phrases mieux construites dans une langue et utiliser un vocabulaire plus précis et plus riche dans l’autre langue. L’important est de considérer l’ensemble des phrases et des mots produits dans les 2 langues.

C’est ainsi que l’on peut évaluer si le développement du langage d’un enfant bilingue est normal, et non pas en évaluant ses compétences langagières dans une seule langue.

De plus, la langue la mieux maîtrisée à un moment donné peut varier et changer dans le temps et dépendre du contexte dans lequel l’enfant l’utilise et selon les personnes à qui il s’adresse.

Ainsi, il peut utiliser et mieux maîtriser une langue plutôt qu’une autre pendant une certaine période de sa vie (ex. : langue de la maison à 4 ans) et devenir meilleur dans la seconde langue lors d’une autre période (ex. : en 2e année du primaire).

Il arrive enfin que l’enfant mélange les 2 langues dans une phrase lorsqu’il ne connaît pas le mot recherché dans l’autre langue. Il s’agit d’un phénomène normal qu’on observe aussi chez les adultes bilingues. Il ne faut donc pas s’en inquiéter.

Manifestations normales chez les enfants d’âge scolaire qui apprennent une langue seconde:

  • Confusion entre les 2 langues.
  • Refus d’utiliser la langue maternelle à la maison (la langue d’enseignement étant associée à leurs nouvelles amitiés et à un désir de ne pas paraître différent des autres).
  • Diminution des compétences langagières dans la langue maternelle si celleci n’est pas stimulée à la maison (les habiletés langagières sont donc temporairement faibles dans les 2 langues).
  • Grand nombre d’erreurs grammaticales.

Source : Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.

(…)

De plus, mieux l’enfant maîtrisera la langue dominante à la maison, plus il aura de la facilité à apprendre une autre langue.

Une base solide dans sa langue maternelle aidera l’enfant à mieux maîtriser la langue apprise à la garderie ou à l’école.

(…)

En général, un enfant est capable d’avoir une conversation comme un enfant de son âge après 1 à 3 ans d’exposition régulière et diversifiée à une nouvelle langue.

Stratégies pour développer l’apprentissage d’une autre langue:

Pour qu’un enfant puisse s’exprimer couramment dans 2 langues, il doit les entendre souvent et avoir l’occasion de les parler.

Lire des histoires à votre enfant dans les différentes langues qui l’entourent est un moyen efficace et amusant de stimuler son langage.

(…)Si l’un des parents parle français et l’autre, une langue minoritaire, il est important de multiplier les occasions où l’enfant est exposé à la langue minoritaire. Adopter une attitude positive face à cette langue est nécessaire pour favoriser son apprentissage, car le tout-petit comprend très tôt que l’une de ses langues n’est pas très utilisée en dehors de son foyer. Comme il est naturellement plus exposé à la langue de la majorité, l’enfant développe moins son aptitude à s’exprimer dans la langue minoritaire. Cela peut l’amener à comprendre cette dernière, mais à ne pas savoir la parler.

Lorsque les 2 parents parlent le français, favoriser le bilinguisme nécessite une certaine planification et des efforts. Ils doivent alors s’entendre sur des stratégies pour inciter leur enfant à apprendre une autre langue. Par exemple, le souper se passe toujours en espagnol et le bain, en français ou avec maman, on parle français et avec papa, espagnol. Par contre, il est préférable que les parents ne mélangent pas les langues dans une même phrase lorsqu’ils s’adressent à leur enfant.

Quand s’inquiéter?

Si vous avez l’impression que votre enfant présente un retard de langage par rapport aux enfants de son âge dans la langue à laquelle il a été le plus exposé depuis sa naissance, consultez un orthophoniste.

Si votre enfant apprend une nouvelle langue à la garderie, prenez rendez-vous avec un orthophoniste s’il s’exprime très peu ou pas du tout après plusieurs mois d’exposition ou s’il semble incapable de communiquer correctement avec son entourage après 2 ans d’exposition à cette langue.

Il n’est toutefois pas nécessaire de parler à votre enfant dans une seule langue s’il présente un retard de langage. La recherche démontre en effet que lui parler dans 2 langues ne devrait pas aggraver ses difficultés.

Des trucs pour favoriser le bilinguisme chez votre enfant:

  • Adressez-vous à votre enfant dans votre langue maternelle. Servez-vousen aussi quand vous jouez avec lui. Vous représentez un meilleur modèle pour lui lorsque vous utilisez la langue que vous maîtrisez le mieux. Rappelez-vous qu’il vaut beaucoup mieux lui parler dans votre langue maternelle que lui parler très peu.(…)
  • Exposez votre enfant à des livres, des films, de la musique et des chaînes de télévision ou de radio dans les 2 langues. Ces activités renforceront ses compétences linguistiques et son appréciation des 2 cultures.
  • Rendez visite à des membres de votre famille qui parlent la langue minoritaire ou recevez-les chez vous. Des séjours à l’étranger ou la visite de membres de la famille élargie favorisent aussi l’apprentissage de cette langue.

Plusieurs facteurs influencent l’apprentissage de 2 langues et le choix de la langue parlée par l’enfant : l’âge, le temps d’exposition aux langues, le statut de ces langues dans le pays d’adoption, etc.

Toutefois, peu importe le contexte et l’environnement dans lequel l’enfant évolue, il est important que les parents démontrent un sentiment de fierté et adoptent une attitude positive face à l’utilisation de ces langues. Ainsi, l’enfant souhaitera plus les apprendre toutes les 2.

Par contre, il faut aussi se rappeler que les enfants bilingues demeurent des enfants avant tout, avec leur propre personnalité, leurs besoins et leurs préférences, et qu’ils peuvent faire le choix d’une langue plutôt que l’autre, malgré la volonté exprimée par leurs proches.”

Jeanne de Rancourt, orthophoniste.

Saint Louis des Français, établissement français à Madrid